Par des procédés d’évasion fiscale totalement légaux, Apple s’économise des milliards de dollars d’impôts. Elle n’est pas la seule, tout faire pour minimiser ses taxes est une pratique courante chez les sociétés high-tech. Aux dépens de qui à votre avis ?
L’état financier d’Apple n’est pas précisément en mesure de faire pleurer dans les chaumières. On le sait, le géant de Cupertino est désormais la première capitalisation boursière du monde, avec 508 milliards de dollars. Une somme improbable qui dépasse largement Exxon, Walmart, Coca Cola et même tous les autres géants du Web : Microsoft, Google, etc.
Fort d’un capital de près de 100 milliards de dollars en liquide, elle va verser des dividendes à ses « pauvres actionnaires » qui n’en avait pas eu depuis 1995. C’est vrai qu’avec une action qui culmine à plus 600$ et qui n’a pris « que » 70% en un an, ils avaient sans doute besoin d’être rassurés. Et puis après tout, le bénéfice attendu cette année ne devrait pas dépasser 50 milliards de dollars…
Alors quand on apprend que cette entreprise utilise tous les moyens possibles pour éviter de payer des impôts, forcément, ça énerve un peu. Car pourquoi les payer ces taxes après tout ? C’est pas comme si ça profitait au bien commun, ce n’est pas comme si les services publics comme, au hasard, l’éducation ou même l’entretien des routes c’était utile ou important hein…
Si on peut utiliser, en toute légalité, des sociétés-écrans en Irlande ou au Nevada pour échapper à la taxe professionnelle pourquoi se priver ?
Non mais c’est vrai, c’est tellement simple. En Californie, la taxe professionnelle est de 8.84% et au Nevada ? Zéro ! Alors, ça serait bête de ne pas en profiter, il suffit de créer une filiale Apple à Reno (Braeburn Capital, c’est son petit nom) et d’y investir ses profits. Et puis il y a l’international : le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, quels beaux pays…
Je ne vais pas détailler toutes les méthodes, ça a déjà été fait dans les excellents articles du New York Times et du Monde. Je vais me contenter de relayer qu’Apple aurait ainsi pu priver l’état américain de près de 2,4 milliards de dollars de rentrées fiscales.
Or, presque tous les états sont dans des situations budgétaires catastrophiques. Même en Californie, les écoles, collèges et lycées ne cessent de se serrer la ceinture et nombre d’entres eux sont au bord de la fermeture. Le Times met d’ailleurs bien en évidence l’ironie du sort en citant l’exemple de l’université De Anza, à 2 km de Cupertino où Steve Wozniak a étudié, qui en est réduit à annuler des milliers d’heures de cours, faute de moyen.
Bien sûr, comme All Things Digital l’écrit dans un article particulièrement décevant, on pourra toujours se dire qu’Apple rapporte des milliards en TVA (avec l’argent des consommateurs !). Ou bien qu’il crée des milliers d’emplois sur le sol américain… même si c’est sans doute dix fois plus de main d’œuvre qu’il utilise en Chine. Où encore que les pauvres seraient tellement moins compétitifs s’ils payaient leurs impôts…
C’est vrai que verser des dividendes à ses actionnaires, c’est tellement plus important que de construire des usines dans son pays d’origine ou de payer son dû au bien commun. L’argent est tellement mieux utilisé par les investisseurs que par les états.
Après tout que font-ils les états ? Aider les plus faibles ? Former les générations futures ? Eduquer les prochains Steve Wozniak ? Rien d’important donc.
Bien sûr, Apple n’est pas le seul à se comporter de la sorte. Microsoft aurait évité 4,37 milliards de dollars d’impôts en utilisant des méthodes similaires (le détail ici). Mais bon, qu’aurait fait l’état de Washington avec cette somme ? Payer des fonctionnaires et des services publics ? Quelle horreur !
Mais attention : tous ces petits arrangements sont parfaitement légaux. Le simple fait que cela soit possible et aussi simple, même à l’intérieur des frontières d’un même pays est déjà aberrant. Quant à l’avidité et l’irresponsabilité d’entreprises dont la richesse dépasse pourtant l’imagination, elles sont tout simplement écœurantes.



