En ce moment, chez Intel, c’est Ivy Bridge qui fait la une. Les nouvelles puces gravées « en 3D » apportent leur lot d’améliorations bienvenues. Cependant, ce n’est pas dans cette direction qu’il faut regarder pour voir se matérialiser les futurs plans d’Intel sur le marché de la mobilité. C’est vers « Medfield », dont la première incarnation commerciale est apparue ce 23 avril, qu’il faut se tourner.
Il est pas beau ce die de Core i7 3770k ? On voit bien les 4 coeurs (à droite) et le GPU (à gauche).
Ivy Bridge
Intel va bien, merci. Il vient de dévoiler son architecture Ivy Bridge, gravée avec son procédé 22 nm « tri-gate » dont il est très fier. Rappelons que ce processus permet de graver des transistors en volume, ce qui améliore leurs performances.
Ivy Bridge est un « tick+ », c’est-à-dire que c’est un « tick » mais … avec des choses en plus…
Un « tick », car Intel se cale sur un rythme de deux ans : « tick – tock ». Un « tock » étant un changement d’architecture majeur, alors qu’un « tick » consiste en un changement de finesse de gravure. Ici, on passe de 32 nm (Sandy Bridge) à 22 nm (Ivi Bridge). L’année prochaine sera celle d’un « tock », le passage d’Ivi Bridge à Haswell, avec à la clé l’adjonction de nouvelles fonctionnalités : AVX2, mémoire transactionnelle, etc.
Si Ivy Bridge est un tick+, c’est qu’il rafraichit considérablement la puce graphique qui est désormais intégrée aux processeurs Intel (un peu comme avec les APU d’AMD). On a droit à un accroissement de 50 % des performances graphiques. L’Intel HD 4000 permet de jouer à Starcraft II ou Portal 2 sans le secours d’une carte graphique externe, une sacrée évolution donc.
Ceux qui s’appellent désormais les Core i7 3xxx proposent ainsi des performances en hausse de 20 % pour une consommation électrique en baisse d’autant ! Les prix restant identiques à ceux de la génération précédente.
Pas de quoi jeter à la poubelle votre superbe Core i7 2600K (presque) flambant neuf, mais une évolution sympathique qui va faire le bonheur des prochains Ultrabooks.
Medfield
Pour les tablettes, ce n’est pas dans cette direction que ça se passe. Les Ivy Bridge sont encore trop chers et trop gourmands pour se retrouver demain dans des « iPad killers ». Par contre, nos confrères d’Anandtech font le test du téléphone Lava Xolo X900 dont la principale particularité n’est pas d’avoir un nom à coucher dehors. Non, ce qui fait la singularité de ce smartphone au look générique sorti dans la plus grande indifférence est qu’il fonctionne avec une puce Intel Atom.
Pas l’Atom de votre netbook, mais presque. La plateforme Medfield est destinée explicitement aux appareils mobiles. Elle repose sur un Atom Z2460 (Saltwell) qui est un processeur x86 simple cœur, cadencé à 1,6 Ghz et gravé en 32nm. Mis à part, une gestion plus fine de la consommation et une puce graphique PowerVR 540, c’est un CPU très similaire à celui que l’on connaît depuis les premiers eeePC.
Ici, il propulse une version x86 d’Android 2.3 qui est censée être compatible avec toutes les applications du Google Play. Comment est-ce possible ? Et bien 80% des applications Android reposent sur Java et fonctionnent sur la machine Dalvik (celle-là même qui est au cœur de la bataille entre Google et Oracle). Intel ayant implémenté une machine Dalvik s’exécutant sur x86, pas de problème de ce côté-là.
Pour les applications natives, les choses se compliquent, car il faut avoir recours à une traduction binaire à la volée. Trop complexe pour le téléphone, l’opération serait déportée dans le « Cloud » et effectuée par les puissants serveurs d’Intel. Le résultat ? Très bon. Si l’on en croit Anandtech, cela fonctionnerait très bien.
Et pour les performances ? Qu’attendre d’Intel par rapport à la concurrence ?
Les graphiques ci-dessous donnent des éléments de réponses. Il se trouve qu’Intel se comporte très bien et truste les plus hautes places des classements.
Intel est presque au niveau d'un Tegra 3, ce qui signifie surtout que le benchmark n'est pas bien multithreadé.
En fait, il n’est vraiment mis à l’amende que par des processeurs quadri-cœurs lors de tests multithreadés. Ce n’est pas étonnant puisque c’est processeurs mono-cœur, l’hyperthreading de pouvant faire de miracle.
Les benchmarks graphiques sont sans surprise puisque la PowerVR SGX 540 est un GPU bien connu. Là où on attend Intel au tournant, c’est sur la consommation. Et bien là encore, Intel fait bonne figure en se plaçant confortablement dans la moyenne.
C’est donc arrivé, Intel a non seulement réussi à produire un téléphone fonctionnel, mais il se paye le luxe d’être un des plus performants du marché. La date de sortie du Xolo, le 23 avril 2012 est donc historique : c’est la première fois que l’architecture Intel, celle là même qui fait tourner votre Windows 7, fonctionne dans un téléphone mobile.
Alors, vous me direz que si le Z2460 est compétitif face un dual core Cortex A9, il l’est déjà moins face à un quadri-cœur Qualcomm ou NVIDIA, déjà sur le marché depuis plusieurs mois. Medfield ne fait pas d’Intel le leader du marché, loin de là. Mais il faut garder à l’esprit que l’Atom en question est « déjà vieux ».
Intel possède désormais son propre SoC, et il va le faire évoluer très rapidement. L’actuel « Saltwell » se déclinera en deux versions. En plus du Z2460 présenté ici, une version double cœur 1,8 Ghz pour tablette, le Z2580 fera le bonheur de Windows 8 lors de sa sortie. Ce SoC devrait tenir la dragée haute au Tegra 3.
Dès l’année prochaine, la génération « Silvermont » profitera de la gravure à 22 nm. Et l’année suivante, qui sera encore une année « tick », la génération « Airmont » sera en 14 nm, avec probablement un an d’avance sur tous le monde.
Pour Intel, « Saltwell » n’est que le tout début de l’aventure. Si aujourd’hui Intel est dans la moyenne et qu’il y a effectivement peu de raisons de le choisir plutôt qu’un constructeur ARM, cela pourrait bien changer dans les deux ans qui viennent. L’an dernier, Intel était inexistant sur le marché. Aujourd’hui, c’est un outsider. Et demain ?












