Le feuilleton Oracle contre Google vient d’arriver à son terme. Enfin… jusqu’au prochain appel. Après six semaines de procès, le jury vient de se prononcer : « Google ne violerait aucun des brevets d’Oracle ». C’est une belle victoire pour Google dont le système d’exploitation Android était menacé de bannissement pur et simple.
Oracle, géant des bases de données, a racheté Sun Microsystem en 2009 pour la bagatelle de 7 milliards de dollars. Il était du coup devenu propriétaire du langage de programmation Java. Ce dernier est très utilisé dans le monde mobile, car il repose sur la notion de « machine virtuelle ». Comme une application pour téléphone mobile est susceptible de s’exécuter sur un grand nombre de terminaux très différents, Java simplifie la tâche du programmeur en lui permettant non seulement de faire abstraction du matériel, mais aussi du système d’exploitation. Un programme codé en Java est en effet compilé pour cette machine virtuelle unique. A charge ensuite des constructeurs et des concepteurs de systèmes d’exploitation de faire en sorte que les actions demandées à la machine virtuelle soient exécutées efficacement par la machine réelle.
Ce concept est repris par Android qui intègre la machine virtuelle « Dalvik ». Dalvik est néanmoins différente d’une machine Java, et son code machine est distinct du bytecode Java. Pourtant, les programme Android son écrit dans le même langage de haut niveau pour être ensuite converti en « dex », le bytecode Dalvik. En quelque sorte, les deux machines sont interopérables.
Et c’est bien là le problème. En 2010, Oracle accuse Google d’utiliser des pans entiers de sa technologie sans son accord. Il l’accuse même de mettre Java en danger en fragmentant son écosystème. En résultent inévitablement une procédure judiciaire et un montant de dommages et intérêts sidérant : 2,6 milliards de dollars.
La somme est tellement hors de proportion que le juge incitera Larry Page (Google) et Larry Ellison (Oracle) à se rencontrer en septembre 2011, en pure perte.
Un échec, qui nous a amenés à ce procès long et extrêmement compliqué. Il a en effet fallu expliquer à la cour en quoi Google violerait les brevets d’Oracle en allant décortiquer les mécanismes intimes des API Java et Android ainsi que leur fonctionnement. On comprend que les dix jurés aient pris leur temps pour se prononcer.
Bref, Oracle a perdu. Non seulement le procès, mais probablement des dizaines de millions de dollars en frais de justice. Oracle avait en effet engagé une véritable star du barreau : David Boies. Partie civile dans le procès antitrust contre Microsoft (1998) et défenseur d’Al Gore dans son procès contre G. Bush. En plus de ses honoraires, Oracle devra payer les frais de justice de Google. Encore de l’argent jeté par les fenêtres au lieu d’alimenter l’innovation…
Bien sûr, ce n’est pas terminé. Oracle fera appel. La question même de savoir si une API est brevetable est encore en suspens. Et ce seront d’autres millions de dollars qui iront grossir le « marché de la justice » qui, à ce train-là, finira par dépasser celui de la technologie.





