Tablettes tactiles et enseignement : La tâche complexe abordée avec une tablette, pas si complexe…

Suite de notre série initiée avec Sébastien Verbert et Tablette-Store.com sur une expérimentation détaillée sur les tablettes tactiles en classe. Cinquième épisode : la réalisation d’une tâche complexe avec une tablette, comparée à une même tâche sans tablette.

Tablettes tactiles et enseignement : La tâche complexe abordée avec une tablette, pas si complexe...

Je continue mes investigations de recherche dans l’intérêt d’introduire des tablettes tactiles dans nos enseignements…
Dans cet article je m’attaque à la tâche complexe au sein du socle commun. Vaste programme ! 

Gestation d’une idée

J’ai été doté de 6 tablettes supplémentaires (ipad2) , qui se rajoutent aux 3 tablettes que je possédais. Armé de 9 tablettes tactiles, je suis parti à l’assaut de la tâche complexe en Sciences de la Vie et de la Terre au sein du socle commun.

Je me suis fixé l’objectif suivant: Réaliser une tâche complexe en quatrième et en troisième avec le moyen de comparer la plus value pédagogique de l’usage de ces tablettes tactiles dans la réalisation de cette tâche.

Pour cela, l’activité a été effectuée par mes classes ayant soit l’accès aux tablettes, soit l’accès à une salle pupitre (salle informatique avec un poste maître contrôlant les autres), soit aux documents imprimés.

La production a porté sur la recherche de l’origine des règles en 4ème et sur la recherche des « structures » responsables de la production des anticorps en 3ème.

La procédure de base est la même dans tous les cas. Une série de documents que j’ai choisis sont disponibles sur un espace de stockage (Dropbox, sur les tablettes Apple ou Android et via le serveur de l’établissement pour la classe pupitre). Les élèves ont pour consigne de « rendre compte » de leurs découvertes pour expliquer le problème soulevé en cours durant la phase collective préalable.

Pour cela, les tablettes sont équipées d’un compte Dropbox qui est partagé par l’ensemble des tablettes. Ils peuvent donc avoir accès aux documents de leur choix (qu’ils rapatrient ou non sur leur tablette via wifi). Les ordinateurs sont connectés au réseau de notre établissement. L’ensemble des documents est également disponible sur notre ENT de l’établissement. (www.ent-lamalassise.com)

Les productions à réaliser sont donc libres de tout format, les élèves doivent « rendre compte » et mutualiser leur production avec leur pair dans un second temps.

Sur les tablettes, je propose d’utiliser l’application Notability disponible sur l’Apple Store (0,79€) qui comme Evernote, permet sur un même document d’incorporer du texte, des photos, du dessin, des notes audio… (Notability est préféré à Evernote pour son interface que je trouve plus simple d’utilisation). Les expérimentateurs sur ordinateurs vont faire l’usage plus classique de word (toute la suite bureautique était disponible).

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Naissance de l’idée

Mes trois groupes d’expérimentations n’ont pas connaissance des autres essais menés, pour éviter d’être influencés.

Les productions sur les ordinateurs se font sans encombre, les élèves ont l’habitude de travailler sur l’ordinateur avec le réseau ou l’ENT. Les élèves réalisent des productions de type « Word », le document est inséré sur la page et un commentaire suit.

Sur les tablettes, c’est une autre histoire…

Les élèves, après une démonstration de 3 minutes de ma part des applications Dropbox et Notability, insèrent les documents qu’ils ont choisi d’exploiter mais se pose le problème de la trace de ce « rendre compte ». Certains insèrent un ou plusieurs documents en y surajoutant des flèches, des annotations, des commentaires. D’autres découpent les documents pour en faire un montage et y surajouter des annotations. D’autres encore, très nombreux rendent compte par la rédaction d’un texte argumenté de leurs découvertes. Certains mêmes commentent à l’oral leurs productions pour y apporter une explication voire parfois d’autres arguments (le document ci contre est issu d’un montage realisé par les quatrièmes, accompagné d’une argumentation audio différente de celle du texte rédigé)

Les productions se font en 20-25 min, il faut rajouter pour les utilisateurs des ordinateurs le déplacement jusqu’à la classe pupitre qui prend déjà 10-12 min porte-à-porte.

Les expérimentateurs qui travaillent sur le papier réalisent leurs productions en découpant ou collant les documents utilisés et en rédigeant un texte.

Croissance d’une idée

Le premier constat qui saute aux yeux est la nature beaucoup plus variée des productions qui sont réalisées avec les tablettes. Sur un seul et même document se côtoient texte, image, dessin et enregistrement audio.

Combien d’entre-nous savent réaliser un document sur leur ordinateur mélangeant ces éléments? Combien d’élèves savent faire cela également?

Elèves en cours de réalisation d'une tâche complexe avec un iPad
Elèves en cours de réalisation d'une tâche complexe avec un iPad

L’usage de la tablette épure les problèmes techniques. L’interface très simple permet une prise en main par un élève de 4ème ou de 3ème en moins de 5 min. La fiche technique peut disparaître (on peut cependant réaliser une petite démonstration « filmée » avec des applications comme par exemple Explain Everything).

La tâche complexe qui est ici basée sur le fait de « rendre compte » me paraît alors plus pertinente avec l’usage d’une tablette. Les choix des documents s’opèrent dans mes 3 groupes d’expérimentateurs mais la nature de la production finale se fait par défaut ou sans se poser la question dans les groupes travaillant sur l’ordinateur ou sur papier.

La tablette gomme les problèmes techniques qui se dressent immédiatement sur l’ordinateur. L’élève est alors confronté à un vrai choix:

« je dis, je dessine, j’annote, ou j’écris?…. C’est quoi le mieux, Monsieur? »

« Bonne question Benjamin… « .

On peut alors travailler sur la pertinence du choix de production car le choix ne se fait plus par défaut, tout est aussi simple à réaliser.

Ne touche-t-on pas, du bout du doigt, l’outil informatique que chacun esquissait dans ses rêves de pédagogue ?

Il faut cependant relativiser ces propos. Je crois tout de même surfer sur la vague d’un engouement de mes élèves sur ce type de produit et encore plus quand il porte un écusson à la pomme ! L’effet mode doit certainement faire beaucoup sur l’envie non-dissimulée de produire et d’essayer les différentes fonctions et performances de ce nouvel outil. La tablette par son effet mode actuel, contribue à limiter le décrochage scolaire, chacun veut toucher et produire quelque chose, ainsi la mise en production de tous est artificiellement dopée.

Pour ma part, la mise en place de ce type d’expérimentation m’a demandé une nouvelle façon de préparer et d’évaluer ces productions. Il faut mettre en place avec ce système de production une véritable éducation aux choix et à la pertinence même pour les enseignants tant l’Apple-Store ou l’Android Market sont fleurissants d’applications. L’enseignant doit alors au préalable opter pour un système plutôt qu’un autre, sinon le choix se transforme vite en labyrinthe.

De plus, dans la démarche des tablettes, la mutualisation est très rapide mais surtout native: c’est à dire que l’application qui produit invite naturellement l’utilisateur à mutualiser. Il faut juste pour cela veiller à ce que les tablettes puissent avoir accès un wifi à un moment donné. L’accès permanent au wifi n’est pas nécessaire. Je peux donc l’activer ou le désactiver à la demande, tout en permettant une connectivité possible.

Pour ma part l’essai avec les tablettes me permet de répondre au mieux aux préoccupations des tâches complexes dans l’esprit du socle commun. Un outil de type « couteau-suisse » capable de réaliser toutes les tâches (pas forcément de façon aussi poussée qu’en salle informatique) mais permettant à l’élève de se fixer sur sa tâche et non sur la technologie qu’il doit gérer pour arriver à sa tâche.

Ces essais ouvrent la porte sur des perspectives intéressantes où seule l’imagination couplée à la pertinence de l’enseignant aurait une limite… 

Tableau synoptique des résultats

Tableau des résultats de l'expérimentation
Tableau des résultats de l'expérimentation

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4 commentaires
  1. Tous les groupes avaient des Ipad ? Est-ce un effet marque à la pomme ou un effet tablette ?
    Cet effet va t il perdurer longtemps ?
    Bon compte rendu très intéressant. Merci.

  2. Intéressant.
    Cependant, pourquoi ne pas avoir proposé evernote sur l’ordinateur ? La variété de la production ne provient-elle pas du logiciel plutôt que du matériel ?

    1. Dans un établissement scolaire, il est compliqué (pour moi) de faire installer par les services informatiques un nouveau logiciel.
      De plus j’avais choisi de les laisser libre de choisir sur l’ordinateur le logiciel à utiliser. L’éternel Word revient à l’assaut. Ils connaissent cependant des logiciels « plus adapté ». Aucun élève n’a penser à commenter les doc avec photofiltre, logiciel qu’ils sont en train d’utiliser en ce moment même en art plastique…

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