L’histoire semble tout droit sortie d’un épisode dystopique : un PDG de l’industrie vidéoludique interroge une intelligence artificielle pour esquiver un contrat à plusieurs centaines de millions. Ce qui aurait pu rester une simple anecdote prend des allures de scandale juridique aux répercussions massives sur un studio adoré des joueurs et sur la sortie d’un jeu très attendu.
Subnautica 2 : le jeu de l’année… et d’une trahison présumée
Subnautica 2 n’était pas encore sorti qu’il faisait déjà des vagues. Classé parmi les titres les plus attendus sur Steam, le jeu portait en lui de grandes promesses. Mais en coulisses, une autre histoire se tramait. En juillet 2025, les trois cofondateurs du studio Unknown Worlds — Charles Cleveland, Max McGuire et Ted Gill — sont brutalement écartés de leur propre entreprise.
Le motif de ce licenciement ? Selon eux, il s’agissait d’une manœuvre pour les priver d’un bonus colossal de 250 millions de dollars, prévu dans le cadre d’un accord « earn-out ». Ce type de clause est courant lors de rachats : si certaines performances sont atteintes, une prime contractuelle est versée aux anciens dirigeants. Le problème, ici, c’est que le succès de Subnautica 2 semblait inévitable… et que l’éditeur, Krafton, ne voulait visiblement pas payer.
Project X : une stratégie d’éviction bien rodée
Les documents déposés au tribunal parlent d’un plan baptisé « Project X ». Un nom qui sonne comme un film de science-fiction, mais dont le scénario est bien réel : reprise en main du studio ou négociation forcée d’un nouvel accord défavorable aux fondateurs.
Pendant ce temps, Krafton faisait bonne figure en public. L’entreprise promettait des bonus aux employés restants et jurait que tout allait pour le mieux. Sauf qu’en interne, selon un rapport, le climat se serait fortement dégradé. Une ambiance de méfiance et de peur s’est installée, les salariés redoutant de subir le même sort s’ils prenaient position.
Quand le PDG consulte une IA pour contourner un contrat
Et c’est là que l’affaire prend une tournure presque surréaliste : Changhan Kim, PDG de Krafton, aurait utilisé ChatGPT pour trouver un moyen de ne pas verser la fameuse prime. Oui, vous avez bien lu. L’homme à la tête d’un géant du jeu vidéo aurait demandé à un chatbot : « Comment ne pas payer un earn-out de 250 millions ? »
D’après les ex-dirigeants, une capture d’écran montre une réponse de l’IA, admettant que l’annulation du bonus semblait « difficile », en raison des engagements juridiques déjà actés. Rien de criminel en soi, mais l’éthique en prend un coup.
Le plus gênant ? Krafton aurait supprimé ces échanges pendant la procédure judiciaire, alimentant les soupçons de manipulation. De son côté, la société accuse les anciens dirigeants d’avoir eux-mêmes effacé des preuves. L’affaire tourne donc à la bataille de crédibilité, sur fond de données numériques volatilisées.
Des conséquences en chaîne pour le studio et ses fans
Le scandale n’est pas sans effets. La sortie anticipée de Subnautica 2, prévue pour août 2025, a été repoussée. Officiellement, pour « garantir la qualité du jeu ». Officieusement ? La pression publique et le chaos interne auraient sans doute rendu impossible une sortie dans de bonnes conditions.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux et forums comme Reddit, les joueurs expriment leur colère, certains appelant même au boycott. Beaucoup dénoncent une logique purement financière, qui aurait sacrifié la créativité et l’humain au profit de l’intérêt actionnarial.
Un précédent inquiétant pour l’industrie
Au-delà de cette affaire, le recours à une intelligence artificielle dans un cadre juridique sensible interroge. Ce n’est pas la première fois qu’un outil comme ChatGPT est impliqué dans une affaire controversée. Des avocats ont déjà été épinglés pour avoir utilisé des décisions fictives générées par l’IA dans des dossiers réels.
Ici, c’est un PDG qui aurait cherché des conseils stratégiques pour contourner un contrat. Un glissement technologique aux frontières floues de l’éthique, de la légalité… et du bon sens.
Le procès à venir dira si les fondateurs auront gain de cause. Mais pour l’instant, une chose est sûre : dans cette partie d’échecs entre business, technologie et justice, c’est surtout la confiance des joueurs qui semble avoir été sacrifiée.


