Tablettes et presse : un couple fait pour s’entendre?

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Depuis l’arrivée des tablettes et particulièrement de l’iPad dans les chaumières en 2010, les éditeurs de presse ont vu leur monde s’ouvrir à de nouveaux horizons, encore inexistants jusqu’alors. Un nouveau business modèle s’offrait à eux, ne demandant qu’à inverser la tendance dramatique de la pente descendante, due à la mise à disposition gratuite de l’information sur internet.

Mais au fond, où en est-on aujourd’hui ? Les magazines et les tablettes forment-ils réellement le couple de rêve, capable d’apporter un nouveau moyen de fidélisation du lecteur, du chiffre d’affaire et de « sauver la presse », sur lequel tous les éditeurs fantasmaient début 2010 ?

Tablettes et presse : un couple fait pour s'entendre?

Une éclaircie dans le brouillard

À leur arrivée sur le marché, les tablettes se retrouvent face à un monde de la presse  vieillissant, qui a du mal à s’adapter aux nouveaux modes de diffusion numériques. Les éditeurs traversent une période particulièrement difficile suite à la révolution du web, qui permet à tout un chacun d’avoir un accès libre et le plus souvent gratuit à l’information. Le business model doit changer, mais la presse se noie en conjectures et n’arrive pas à proposer de nouvelles offres convaincantes. L’iPad arrive donc à point nommé, et certains la voient même comme porteuse d’une révolution comparable à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg ! Les éditeurs ont déjà commencé à réfléchir à l’accès à leur contenu sur support nomade depuis les premiers smartphones et à proposer quelques solutions avec plus ou moins de succès,  mais ils persévèrent car on le leur a dit : les tablettes vont changer le monde des consommateurs, et de fait, le leur aussi. De plus, bien conscients de leur précédent échec,  ils ont bien l’intention de se rattraper et de ne pas rater la marche, cette fois.

« En 2009, la publicité a reculé de 10 à 30 % en valeur selon les titres, alors que les ventes ont baissé en moyenne de 7 % ! »[1]

Un nouvel eldorado 

L’application « The Daily » sur iPad
L’application « The Daily » sur iPad

Peu avant la sortie de l’iPad, les éditeurs de presse étaient déjà dans les starting-blocks, se demandant comment utiliser ce nouveau canal de diffusion pour fidéliser les abonnés, gagner des lecteurs supplémentaires, et également augmenter les chiffres de ventes tout en réduisant les coûts d’impression et de distribution. Ils voyaient donc plutôt d’un bon œil l’arrivée de cette nouvelle plateforme. En effet, l’iPad leur redonnait la possibilité de monétiser leurs contenus et de reprendre la main sur un système de diffusion de l’information qui avait commencé à leur échapper depuis quelques années déjà.

Un nouveau canal de diffusion, à la fois complémentaire et radicalement différent 

Les tablettes représentent vraiment une possibilité de publication numérique totalement nouvelle par rapport aux autres canaux existants : un grand écran, des couleurs, du tactile, une connexion internet, la possibilité d’intégrer du multimédia…  une petite révolution, qui tout en apportant des perspectives novatrices se place dans la continuité des plateformes de diffusion comme le web et les smartphones. Avec un mode de navigation tactile, très graphique et épuré, elles s’adaptent facilement à plusieurs modes de lecture et permettent ainsi de choisir entre une conception graphique nouvelle et une présentation standard qui reprend les normes de la publication papier. Peut-on alors jouer sur cette dualité et garder la même forme que l’édition papier tout en y ajoutant de nouvelles fonctionnalités? Faut-il revoir complètement sa mise en page et son concept ? Faut-il faire une adaptation de son site web ? Autant de questions auxquelles il n’existe pas encore de bonne réponse, il faut donc innover, tester, expérimenter et enfin apprendre de ses erreurs et de celles des autres.

Deux écoles se distinguent

Stuff Magazine sur iPad
Stuff Magazine sur iPad

Depuis la sortie des premières applications presse, deux processus de création d’applications se détachent néanmoins de la masse d’essais en tous genre : d’une part les applications « nouvelle génération» entièrement pensées pour l’iPad, qui misent sur un design et une ergonomie complètement innovants (Wired, The Daily, Le Figaro) ; et d’autre part les applications qui tablent sur l’acquis et adaptent leur version papier à la tablette en les enrichissant (ajout de vidéos, sons, diaporamas, etc.) et en s’appuyant sur le mode de navigation tactile qui permet d’être très proche de la lecture d’une version papier, avec les possibilités de la tablette en plus (lecture de contenus multimédia, films, sons, diaporama, etc.).

« la Touch-App », ou l’application dédiée à la tablette

Screenshot de l’application « Wired »
Screenshot de l’application « Wired »

C’est notamment le choix du magazine « Wired », qui a entièrement repensé son édition pour l’iPad : Innovations, expérimentations, créations, ces applications révolutionnent des applications sur un support lui aussi révolutionnaire ! Si effectivement ces applications offrent une très grande liberté de création aux éditeurs, elles comportent aussi leur lot d’inconvénients : les lecteurs ne sont pas tous préparés à autant de nouveautés (nouvelle ergonomie, parcours de lecture à chemins multiples, etc.), et si certains ont déjà du mal à prendre en main leur tablette, ils sont confrontés à une difficulté supplémentaire devant une application dans laquelle les informations ne se lisent plus de façon linéaire. De plus, ces applications ont un coût extrêmement élevé (refonte complète d’une maquette) et présentent un investissement tel qu’il devient peu envisageable de souffrir d’un mauvais ROI, et le marché étant encore jeune, le pari est risqué. Finalement, de telles applications posent un vrai problème au niveau de la vente : dans quelle fourchette de prix positionner une telle application puisqu’elle se rapproche plus d’un site web que d’une version papier? Il devient donc passablement compliqué de définir une valeur transactionnelle qui ait une bonne correspondance avec le prix de l’édition distribuée en kiosque, par manque de recul.

« la Paper-App »

Quotidien « Le Parisien » sur iPad
Quotidien « Le Parisien » sur iPad

C’est l’application qui se base sur sa version papier (et donc sur ce qui fonctionne déjà) et qui l’adapte à la tablette, comme l’application du quotidien « Le Parisien » : Réadapter une base existante que les lecteurs connaissent sur un support révolutionnaire en profitant des nouvelles possibilités offertes (ajout de contenu multimédia tel que vidéos, sons, images 3D, diaporamas, etc.). Si ce processus est moins révolutionnaire que le premier, il a pourtant son lot d’avantages non négligeables : une lecture linéaire à laquelle les lecteurs sont habitués (l’iPad permettant de « tourner les pages » avec son doigt comme pour une édition papier) et qui respecte le contrat de lecture, un contenu défini (il suffit de reprendre l’existant), la possibilité d’intégrer du multimédia grâce à la tablette et rendre ainsi l’expérience de lecture « différente » de celle sur support papier en y ajoutant des contenus disponibles uniquement sur iPad (comme l’intégration de vidéo ou d’images 360° dans des articles par exemple), et enfin un coût de production raisonnable, puisque l’application ne fait qu’enrichir un contenu déjà existant (sans devoir le repenser de A à Z).

Mais alors, que penser de tout ça ? 

Amazon Kindle FireComme le remarque Stig NORDQVIST [2]: « Les éditeurs qui ont quitté la partie ont perdu la main et ont maintenant des difficultés à rattraper leur retard au moment même où le marché prend enfin son envol. J’espère vraiment qu’au lieu d’abandonner leurs projets pour les tablettes, les éditeurs les maintiendront avec des prévisions de revenus à court terme réalistes ».[3]

En fin de compte, on peut effectivement dire que depuis 2010 les tablettes ont réellement changé l’accès à l’information et à la technologie auprès du public : si les processus étaient autrefois plutôt lourds et compliqués, ils sont aujourd’hui devenus simples et très accessibles. Sans pour autant détrôner le papier (comme certains le craignaient, malgré la précédente survie des imprimeries à internet…), les tablettes se sont imposées comme un nouveau canal de diffusion très prometteur pour la presse qui mérite qu’on s’y investisse.

Il faut pourtant aborder ce nouveau support avec circonspection et ne pas y foncer tête baissée sans réfléchir préalablement aux contraintes et à la rentabilité d’un tel projet :

Prendre son temps et suivre l’évolution du marché, commencer par créer une application qui ne nécessite pas un énorme sacrifice financier de façon à pouvoir la faire évoluer par la suite, proposer une ergonomie simple et fonctionnelle pour familiariser les lecteurs avec ce nouveau mode de lecture, tirer parti du support en enrichissant ses éditions avec du contenu multimédia, et enfin penser qu’il existe aujourd’hui beaucoup d’autres tablettes que l’iPad, sur lesquelles les applications devront aussi fonctionner.

Newsstand, le nouveau Kiosque à Journaux d’Apple
Newsstand, le nouveau Kiosque à Journaux d’Apple

Aujourd’hui, des solutions permettent à la presse de proposer des applications ergonomiques qui répondent à l’attente de leurs lecteurs par un contenu enrichi tout en s’adaptant à leurs contraintes (rythme de parution soutenu, adaptation à la chaîne graphique et rapidité de mise en œuvre), leur permettant ainsi un bon ROI, pour un investissement temporel et budgétaire tout à fait raisonnable.

Ces solutions vont-elles aussi évoluer avec les tablettes, et si à l’heure actuelle, la presse sur tablette en est encore à son balbutiement, on peut raisonnablement penser que dans l’avenir la consommation de journaux, magazines et éditions diverses sur tablettes deviendra une évidence.

Que ce soit sous forme d’applications à part entière ou distribuées dans des kiosques comme Newsstand, les éditeurs peuvent vraiment tirer profit de ce nouveau support et en sortir de belles applications, capables de satisfaire à la fois les lecteurs et les investisseurs, et qui formeront réellement un couple de rêve avec les tablettes !

A propos de Forecomm :

Créée en 2007, Forecomm conçoit et développe des applications pour téléphone mobile, smartphones et tablettes tactiles (iPhone, iPod, iPad, Android, Windows Mobile et Blackberry). L’entreprise propose aux éditeurs de presse et aux entreprises plusieurs solutions pour diffuser et promouvoir leurs contenus sur les différents stores mobiles (AppStore, Android Market,…), solutions qui ont déjà été plébiscitées par les grands noms de la presse française tels que Closer, Le Parisien, Télérama ou encore Courrier International.  

Twitter : @Forecomm / Facebook : Page Fan Forecomm

 


[1] Aude Carasco, « La presse quotidienne veut croire en son avenir », 24/10/11 sur wwww.la-croix.com

[2] Directeur du centre de compétences « Plateformes numériques émergentes et développement commercial » à la WAN-IFRA

[3] WAN-IFRA Magazine extra 04.2011 – Editions sur tablettes p.17

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