Plus puissant, plus précis, mais aussi plus énergivore : ChatGPT-5, la dernière version du modèle d’intelligence artificielle générative d’OpenAI, suscite autant d’admiration que d’inquiétudes. Car derrière la prouesse technologique, la question de son empreinte énergétique et de son impact environnemental se pose avec insistance.
Des chiffres qui donnent le vertige
D’après des chercheurs de l’Université du Rhode Island et de Tunis, une simple requête adressée à ChatGPT-5 consommerait entre 18 et 20 Wh, contre seulement 0,2 Wh pour une recherche Google. Une réponse plus développée, de l’ordre de 1 000 mots, grimperait à 40 Wh. Et lorsqu’il s’agit de générer de la vidéo, la dépense énergétique s’envole encore davantage.
Avec près de 2,5 milliards de requêtes quotidiennes, ChatGPT-5 représenterait l’équivalent de la consommation électrique de 1,5 à 3 millions de foyers américains. Une comparaison qui illustre la puissance démesurée – et le coût écologique – de ce type de modèle.
L’entraînement et l’inférence, les deux gouffres énergétiques
Selon l’Ademe, 85 % de l’électricité et 91 % de l’eau consommées par une IA générative proviennent de deux étapes clés : l’entraînement des modèles et l’inférence, c’est-à-dire la production des réponses au quotidien.
OpenAI ne communiquant plus officiellement sur ses dépenses énergétiques, les chercheurs s’appuient sur les données rendues publiques par d’autres acteurs comme la start-up française Mistral, hébergée elle aussi sur les serveurs de Microsoft. Une chose est sûre : plus le modèle est large, plus il devient gourmand, tant en électricité qu’en matériel informatique de pointe (processeurs Nvidia, serveurs haute performance).
Eau et électricité : une double pression environnementale
Le défi ne se limite pas à l’électricité. Pour refroidir ses centres de données, ChatGPT-5 consommerait entre 20 et 50 ml d’eau par requête, soit environ 62 millions de litres par jour. Un volume qui alerte les spécialistes, surtout dans un contexte où de nombreuses régions font face à un stress hydrique croissant.
Cette évolution fait écho à une transformation récente : après avoir largement abandonné la climatisation, trop coûteuse en énergie, les géants du numérique se tournent désormais vers le refroidissement par eau. Mais cette solution, elle aussi, n’est pas sans conséquences écologiques.
Le débat sur la transparence
Les chercheurs appellent à davantage de transparence. Alors que certaines entreprises comme Mistral publient leur méthodologie et leur empreinte environnementale, OpenAI reste discret sur l’impact réel de GPT-5. Pour Nidhal Jegham, spécialiste en sciences des données, « il est urgent que les développeurs d’IA rendent publiques leurs consommations d’énergie et d’eau afin de permettre un débat éclairé ».
Une consommation qui pourrait exploser
Selon le ministère de l’Énergie américain, l’intelligence artificielle pourrait représenter d’ici 2028 jusqu’à 22 % de la consommation électrique annuelle des foyers américains. Pour anticiper cette demande, certains acteurs comme Meta et Microsoft envisagent même la construction de nouvelles centrales nucléaires destinées à alimenter leurs centres de données.
Dans ce contexte, la remarque de Sam Altman – patron d’OpenAI – invitant les utilisateurs à éviter les échanges superflus avec ChatGPT pour réduire la consommation d’énergie, prend tout son sens.
ChatGPT-5 illustre parfaitement le dilemme de l’innovation technologique : un outil aux performances spectaculaires, mais dont le coût énergétique interroge. Faut-il ralentir la course aux modèles toujours plus grands, ou accélérer la recherche de solutions techniques moins gourmandes ? Une chose est sûre : l’impact environnemental de l’IA doit désormais faire partie intégrante du débat public.


