Au Royaume-Uni, un rapport récent tire la sonnette d’alarme : l’intelligence artificielle pourrait faire disparaître jusqu’à 3 millions d’emplois d’ici 2035. Une transition technologique rapide qui, si elle n’est pas accompagnée, risque de creuser davantage les inégalités sociales et professionnelles.
Une transition numérique à grande vitesse
La révolution numérique n’est pas une nouveauté. Chaque ère industrielle a vu son lot de métiers disparaître et d’autres naître. Mais cette fois, le changement s’annonce plus brutal. Selon le programme Skills Imperative 2035 piloté par la National Foundation for Educational Research (NFER), les métiers les plus touchés par cette vague d’automatisation seraient ceux liés à l’administration, à la logistique, aux services de support et à toutes les fonctions qui dépendent de tâches répétitives.
On parle ici de millions de postes : jusqu’à trois millions pourraient être supprimés d’ici dix ans, une évolution qui inquiète non seulement les employés peu qualifiés, mais aussi une partie des professionnels du secteur tertiaire.
L’IA menace aussi les cols blancs
Contrairement à ce qu’on imaginait encore il y a quelques années, l’intelligence artificielle ne se contente plus d’automatiser les chaînes de production ou les fonctions de guichet. Elle s’attaque désormais aux métiers cognitifs. Les comptables, analystes financiers, consultants et professionnels du droit voient certaines de leurs tâches automatisées par des outils capables de générer, résumer ou analyser des documents complexes.
Des entreprises britanniques comme PwC ou Accenture ont d’ores et déjà revu à la baisse leurs embauches internes, citant la montée en puissance des modèles d’IA générative comme facteur de transformation majeure.
De nouveaux métiers… mais pour qui ?
Tout n’est pas noir. Le rapport du NFER indique que jusqu’à 2,3 millions d’emplois pourraient aussi être créés à l’horizon 2035, notamment dans des secteurs émergents liés à la tech, aux énergies vertes ou aux services à la personne. Mais la vraie question est de savoir qui pourra occuper ces nouveaux postes.
Car les travailleurs les plus touchés par la disparition de leur métier sont aussi souvent ceux qui manquent de compétences transversales : communication, esprit critique, résolution de problèmes, organisation, ou encore créativité. Des savoir-faire qui deviennent essentiels pour réussir une reconversion, mais qui ne sont pas toujours enseignés à l’école ou en formation professionnelle.
Des failles qui commencent dès l’enfance
Le rapport met également en lumière une réalité préoccupante : les inégalités face à l’éducation démarrent très tôt. Avant même l’âge de cinq ans, certains enfants prennent du retard sur le plan des compétences de base. Un retard qui, sans intervention, se creuse tout au long de la scolarité, rendant plus difficile l’accès à des emplois durables à l’âge adulte.
Le département de l’Éducation britannique souligne que des millions de travailleurs risquent d’être laissés pour compte si des politiques ambitieuses ne sont pas mises en place rapidement.
Former autrement, dès aujourd’hui
Pour faire face à cette mutation, les auteurs du rapport appellent à une mobilisation massive autour de l’apprentissage tout au long de la vie. Cela passe par des changements profonds dans le système éducatif, une meilleure coordination entre les écoles, les universités, les centres de formation et les entreprises, mais aussi un accompagnement renforcé pour les adultes en reconversion.
Les activités extrascolaires, en particulier dans les zones défavorisées, pourraient également jouer un rôle crucial dans le développement des compétences sociales et cognitives dès le plus jeune âge.
Transformer un risque en opportunité
Plutôt que de redouter une future crise de l’emploi, le Royaume-Uni pourrait saisir l’occasion de repenser profondément sa relation à la formation, au travail et à l’adaptabilité. À condition d’investir intelligemment dans l’humain.
Comme le souligne le Guardian, ce n’est pas l’IA en soi qui menace le plus les emplois, mais l’absence de préparation face à ses effets. Si cette transition est bien accompagnée, elle pourrait devenir une chance de réduire les inégalités plutôt que de les accentuer.


