Ils affichent leur soutien à l’électrique… mais espèrent son échec en coulisses

Alors que l’électrification du parc automobile s’impose comme une priorité mondiale, certains grands noms de l’automobile semblent jouer un double jeu. D’un côté, ils vantent leurs ambitions vertes à coups de slogans et de prototypes. De l’autre, en coulisses, ils freinent des quatre roues. C’est du moins ce qu’affirme le patron de Rivian, qui n’hésite plus à pointer du doigt une industrie tiraillée entre innovations réelles et résistance stratégique.

Une industrie sous tension, entre innovation et conservatisme

Lors d’un échange avec des journalistes, RJ Scaringe, fondateur de Rivian, n’a pas mâché ses mots. Selon lui, les plus grands obstacles à la montée en puissance des véhicules électriques ne sont pas technologiques, mais politiques et commerciaux. Et ces obstacles seraient souvent érigés par les constructeurs eux-mêmes, notamment ceux aux modèles thermiques très rentables.

Scaringe accuse des marques historiques comme Ford, GM ou Toyota de s’opposer discrètement à la mise en place de politiques publiques favorables aux véhicules électriques. Objectif caché ? Préserver le statu quo en continuant à vendre des pick-ups et SUV à essence, tout en ralentissant l’évolution du marché.

Quand les constructeurs freinent… tout en prétendant accélérer

Cette attitude paradoxale se manifeste selon Scaringe dans le manque d’ambition des modèles électriques proposés. Trop chers, peu performants ou technologiquement à la traîne, ces véhicules seraient conçus pour remplir les catalogues sans vraiment séduire. Et sans les incitations fiscales (comme le crédit d’impôt de 7 500 $ aux États-Unis), ces modèles perdraient vite en attractivité.

Par exemple, la Ford Mustang Mach-E ou la Chevrolet Equinox EV risquent de voir leurs ventes plonger si les offres de leasing subventionné disparaissent. Les constructeurs sont donc contraints de compenser ces faiblesses… tout en continuant à investir dans leurs gammes thermiques.

Le R2 de Rivian : une réponse à l’inertie du marché

Dans ce paysage peu enthousiasmant, Rivian espère faire la différence avec son futur modèle : le R2, un SUV 100 % électrique prévu pour 2026. Assemblé aux États-Unis, avec un prix de départ fixé à 45 000 $, il s’annonce comme une alternative plus abordable, locale et plus en phase avec les attentes des consommateurs.

Pour Scaringe, le problème est simple : là où le marché thermique propose plus de 300 options différentes, le segment électrique sous 50 000 $ n’offre que deux choix vraiment compétitifs aujourd’hui – la Tesla Model 3 et la Model Y. Un manque criant de diversité que Rivian espère bien combler.

 R2 de Rivian

Des stratégies ambivalentes chez les géants de l’automobile

Si certains acteurs historiques affichent un discours pro-électrique, leurs décisions en disent parfois long sur leurs réelles intentions. Stellantis, par exemple, a repoussé le lancement de son pick-up électrique pour mieux relancer ses moteurs V8. Chez GM, malgré une offensive électrique annoncée, les investissements dans les moteurs thermiques continuent. Quant à Ford, son discours est rassurant, mais les produits tardent à suivre.

Une analyse comparative des grands groupes révèle :

  • Stellantis : stratégie floue, engagement faible
  • Ford : communication positive, mais peu d’innovations concrètes
  • GM : électrification rapide, mais investissements contradictoires
  • BMW : avancées solides sur le plan technologique

Le marché électrique face à un carrefour stratégique

Les constructeurs traditionnels doivent aujourd’hui relever un triple défi : s’adapter à un cadre réglementaire mouvant, répondre à la concurrence chinoise ultra-rapide, et faire le saut vers des véhicules définis par logiciel, où le moteur ne fait plus tout.

Pendant ce temps, les marchés européens et asiatiques poursuivent leur avancée vers une mobilité décarbonée, accélérant le tempo alors que les États-Unis semblent encore hésiter.

En résumé ? Derrière les campagnes publicitaires éco-responsables, certains grands groupes semblent surtout gagner du temps pour continuer à vendre leurs modèles thermiques. Une stratégie à courte vue, qui pourrait bien leur coûter cher si la révolution électrique – voulue ou non – s’impose plus vite que prévu.

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