Entre la démocratisation du télétravail et l’accès permanent aux plateformes de streaming, la frontière entre vie pro et vie perso peut parfois s’effriter. Mais attention : si regarder une série pendant son service peut sembler anodin, la justice française vient rappeler que cette habitude peut coûter très cher. Et l’histoire qui suit en est un exemple frappant.
Un salarié licencié pour avoir regardé Netflix sur son temps de travail
Tout commence en 2017, lorsqu’un salarié embauché comme chargé d’affaires dans une entreprise de maintenance industrielle est accusé de passer jusqu’à quatre heures par jour devant Netflix, en plein cœur de ses horaires de travail. Résultat immédiat : une chute de 60 % des performances de son service, selon son employeur.
Les éléments recueillis pèsent lourd : connexions régulières à la plateforme, témoignages de collègues, résultats en berne. L’entreprise engage alors une procédure pour faute grave, estimant que le salarié a clairement manqué à ses obligations contractuelles.
Face à cette décision, l’intéressé tente de se défendre. Son argument ? Il revendique sa capacité à gérer plusieurs tâches en même temps grâce à des écrans partagés. En clair : selon lui, regarder une série n’empêchait pas de travailler. Mais la cour d’appel de Versailles ne retient pas cette version.
La justice rappelle que le Code du travail impose que le temps professionnel soit pleinement consacré aux missions confiées. Même en invoquant le multitâche, rester plusieurs heures par jour devant une plateforme de divertissement constitue un manquement.
Une affaire qui fait office de rappel pour tous les salariés
Après près de six ans de procédures, la décision tombe : la faute grave est confirmée. Et un détail joue clairement contre le salarié : au lieu de contester les relevés de connexion ou de prouver qu’il accomplissait ses tâches, il maintient coûte que coûte l’idée qu’il pouvait travailler efficacement tout en binge-watchant des séries. Une défense jugée peu crédible.
Ce verdict intervient dans un contexte où le travail hybride et les pratiques numériques se généralisent. Beaucoup jonglent entre outils pro, notifications perso et pauses improvisées. Mais ce jugement sert de piqûre de rappel : si un employeur démontre une baisse de productivité associée à une activité non professionnelle, des sanctions peuvent suivre — allant jusqu’au licenciement.
Le cas montre aussi que la sanction ne tient pas seulement à la présence de Netflix à l’écran : c’est surtout la chute de performance, documentée et répétée, qui a pesé dans la balance. S’il avait rempli ses objectifs, l’employeur n’aurait probablement pas réagi de la même manière.
Ce que dit réellement la loi
La jurisprudence est claire : durant les heures de travail, les salariés doivent se consacrer à leurs missions. Cela ne signifie pas qu’une courte pause ou un usage très ponctuel d’un service personnel est interdit — le droit admet une tolérance raisonnable, tant qu’il n’y a ni abus ni impact sur la productivité.
Cependant, passer plusieurs heures par jour à visionner des séries revient à détourner clairement le temps professionnel. Les juridictions considèrent cela comme un manquement sérieux, surtout si les performances chutent.
Les experts en droit social rappellent régulièrement que la faute grave peut être retenue dès lors qu’un comportement entrave le fonctionnement normal de l’entreprise ou la bonne exécution du contrat.
Une conclusion qui devrait faire réfléchir
Cette affaire, au-delà du clin d’œil au streaming compulsif, envoie un message net : oui, les écrans font partie de notre quotidien, mais tous les usages ne sont pas compatibles avec le cadre professionnel. Les salariés doivent rester vigilants, surtout lorsqu’ils travaillent dans des environnements où les performances sont suivies de près.
Regarder Netflix au travail ? Pourquoi pas… mais sur la pause, ou mieux encore, le soir chez soi. Sinon, l’addition pourrait être beaucoup plus salée que le prix d’un abonnement mensuel.


