Streaming : 30 % des musiques mises en ligne déjà générées par l’IA

La musique n’a jamais été aussi accessible, mais aussi troublée par une nouvelle vague : celle des morceaux générés par intelligence artificielle. En quelques mois seulement, ces créations ont envahi les plateformes de streaming au point de représenter une part étonnamment importante du catalogue.

Une explosion des mises en ligne grâce à l’IA

Chaque jour, des dizaines de milliers de titres rejoignent les plateformes de streaming musical. Cette explosion s’explique par deux phénomènes : la facilité avec laquelle n’importe qui peut publier sa musique, et l’émergence d’outils d’intelligence artificielle générative comme Suno ou Udio.

Les chiffres sont parlants : en janvier 2025, environ 10 % des morceaux mis en ligne provenaient de l’IA. Cinq mois plus tard, la proportion atteignait 18 %. En septembre 2025, près de 30 % des nouvelles musiques mises en ligne étaient générées artificiellement, soit environ 30 000 morceaux par jour. Une déferlante difficile à contenir, d’autant que ces titres sont souvent distribués simultanément sur plusieurs services de streaming.

L’arme de Deezer : un outil de détection

Face à cette vague, Deezer a décidé de prendre les devants. La plateforme française a mis au point un outil capable de détecter automatiquement les morceaux créés par IA et d’y apposer un label d’identification. Objectif : informer les auditeurs et limiter les abus.

Pourquoi cette initiative ? Parce qu’une grande partie des écoutes de morceaux générés par IA sont en réalité dues à des bots, des robots qui écoutent en boucle les titres pour générer artificiellement des royalties. En réponse, Deezer a choisi d’exclure ces morceaux de ses playlists éditoriales. Ils restent disponibles pour ceux qui souhaitent les écouter, mais leur visibilité – et donc leur potentiel de revenus – s’en trouve fortement réduite.

Comment fonctionne ce système ?

Deezer a utilisé les mêmes outils que les créateurs de musique artificielle pour mieux les contrer. En générant lui-même des milliers de morceaux avec Suno et Udio, le service a pu identifier leur empreinte numérique caractéristique. Résultat : une détection annoncée comme fiable à 100 %, sans faux positifs jusqu’à présent.

Ce choix stratégique a également eu un impact positif en termes d’image : depuis l’annonce de cet outil, Deezer a constaté une hausse des abonnements. La plateforme revendique aujourd’hui près de 10 millions d’abonnés payants, loin derrière les quelque 700 millions d’utilisateurs de Spotify, mais avec une position assumée : protéger les artistes humains et préserver l’authenticité de la musique.

Un débat qui ne fait que commencer

La prolifération de titres générés par l’IA soulève des questions majeures : quelle place laisser à ces créations dans l’industrie musicale ? Faut-il les encadrer, les interdire, ou au contraire les intégrer pleinement comme une nouvelle forme d’expression ?

Pour l’instant, Deezer a choisi une approche protectionniste, quand d’autres acteurs comme Spotify semblent adopter une attitude beaucoup plus permissive. Une divergence de stratégie qui illustre bien les tensions autour de l’avenir du secteur.

Une chose est sûre : avec près d’un tiers des nouveaux morceaux déjà générés par des machines, la musique de demain pourrait bien être autant produite par des algorithmes que par des instruments traditionnels. Reste à savoir si le public suivra… et surtout, s’il saura encore faire la différence.

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