Le silence, la technologie et la douceur de conduite : autant d’arguments qui séduisent les acheteurs de voitures électriques. Mais pour certains passagers, cette modernité cache une drôle de surprise… une envie soudaine de refermer les vitres, de chercher un sachet et de prier pour que le trajet se termine vite.
Une sensation inattendue qui prend de l’ampleur
Alors que les voitures électriques s’imposent sur le marché – avec 22 % des ventes mondiales en 2024 – une nouvelle plainte commence à émerger sur les forums : le mal des transports. Ce malaise, bien connu en bateau ou en avion, fait désormais des victimes à bord de véhicules ultramodernes et silencieux. Et il ne s’agit pas d’un simple caprice psychologique.
Selon William Emond, doctorant spécialisé en neurosciences du mouvement, ce phénomène est bien physiologique. Notre cerveau, habitué à des repères sensoriels précis, se retrouve soudainement privé d’informations qu’il considérait jusque-là comme essentielles.
Quand le silence devient un piège pour les sens
L’ennemi numéro un ? Le silence. Là où les moteurs thermiques vrombissent, ronronnent, ou grognent au moindre coup d’accélérateur, le moteur électrique reste d’un calme olympien. Résultat : le cerveau perd l’un de ses repères majeurs pour anticiper les changements de vitesse ou de direction.
Une étude de 2020 a d’ailleurs mis en lumière ce lien entre le manque de bruit moteur et la désorientation sensorielle. En l’absence de signal auditif, le corps subit un mouvement qu’il n’a pas vu venir. Cette discordance sensorielle est souvent à l’origine de nausées, sueurs froides, voire d’un malaise plus général.
Vibrations, accélérations… tout est différent
Contrairement aux idées reçues, les vibrations dans les véhicules électriques ne sont pas neutres. Elles sont simplement différentes. Une étude récente a établi une corrélation directe entre ces vibrations spécifiques et l’intensité du mal des transports. Le cerveau, déjà désorienté par le silence, doit en plus composer avec de nouveaux types de secousses.
Autre facteur troublant : l’accélération immédiate. Contrairement à un moteur thermique qui monte progressivement en régime, l’électrique délivre toute sa puissance instantanément. Cette réponse brutale surprend le corps, qui peine à suivre.
Et ce n’est pas fini. Le freinage régénératif, qui permet de récupérer de l’énergie lors du ralentissement, ajoute une nouvelle complexité. Ce freinage doux mais prolongé perturbe les repères habituels du passager. Là encore, le cerveau anticipe mal… et proteste.
Le cerveau peut s’adapter… avec un peu de temps
Bonne nouvelle : tout cela n’est pas une fatalité. Le cerveau humain a une incroyable capacité d’adaptation. Un peu comme lorsqu’on apprend à supporter les mouvements d’un train ou les virages d’un manège. En général, les conducteurs s’adaptent plus vite, car ils contrôlent les mouvements et anticipent mieux. Les passagers arrière, eux, sont souvent les plus touchés.
Certains constructeurs automobiles commencent à travailler sur des solutions pour faciliter cette transition. Parmi les pistes étudiées : l’ajout de repères visuels dynamiques (éclairages ou écrans) pour aider le cerveau à prévoir les mouvements, ou encore des signaux vibratoires intégrés dans les sièges pour recréer une forme de cohérence sensorielle.
Vers une nouvelle ère de conduite… sensorielle
L’arrivée massive de l’électrique oblige à repenser bien plus que les bornes de recharge. Il s’agit aussi de comprendre comment notre corps réagit à une nouvelle façon de se déplacer. L’absence de bruit, les technologies de freinage, l’accélération fluide sont autant d’éléments qui, cumulés, changent profondément notre expérience à bord.
En résumé : non, vous n’êtes pas seul à avoir eu la nausée dans une voiture électrique flambant neuve. Ce mal des transports moderne est un phénomène bien réel, lié à des facteurs sensoriels inédits. Mais il est aussi temporaire. Avec un peu d’expérience, quelques ajustements et l’aide des innovations à venir, le cerveau finit par s’habituer. Et c’est tant mieux, car l’avenir roule à l’électrique. Autant s’y préparer avec sérénité… et une bonne respiration.


