Meta, la maison mère de Facebook et Instagram, a récemment modifié sa politique d’utilisation des données personnelles de ses utilisateurs européens. Depuis le 27 mai, les publications publiques, telles que photos, textes et commentaires sur Facebook ou Instagram, sont utilisées pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle du groupe. Bien que ce changement soit une avancée technologique impressionnante, il soulève des questions concernant sa légalité et son impact sur la vie privée des utilisateurs.
Une collecte de données de plus en plus intrusive
Depuis peu, Meta n’hésite plus à exploiter les données publiques de ses utilisateurs européens pour perfectionner ses intelligences artificielles. Cette collecte inclut non seulement les publications sur les plateformes sociales, mais aussi les données utilisées pour alimenter le chatbot conversationnel présent sur Messenger et WhatsApp. Avec 400 millions d’utilisateurs actifs en Europe, Meta dispose de millions de données qui permettent à ses IA de se perfectionner. Plus une IA est alimentée par des informations diverses, plus elle devient performante, ce qui offre un atout considérable au groupe de Mark Zuckerberg.
Trop tard pour s’opposer ?
Bien que les utilisateurs aient jusqu’au 27 mai pour s’opposer à l’exploitation de leurs données, il est désormais trop tard pour empêcher l’utilisation des publications passées. Cependant, il est encore possible de bloquer l’utilisation des publications futures. Pour cela, il suffit de remplir un formulaire d’opposition dans les paramètres de Facebook et Instagram ou directement dans l’espace compte de Meta. Toutefois, il est important de noter que cette opposition ne s’applique qu’aux contenus que vous publiez vous-même. Si une autre personne publie un contenu où vous apparaissez, cela reste sous son contrôle.
La légalité de cette nouvelle politique en question
La légalité de cette nouvelle pratique soulève des interrogations. Bien que Meta ait été empêché d’agir à ses débuts, le groupe a trouvé une faille dans le Réglement Général sur la Protection des Données (RGPD). En effet, selon ce règlement, une entreprise peut collecter des données sous un « intérêt légitime », ce qui a suscité des divergences d’opinion. Plusieurs associations de protection de la vie privée, comme UFC-Que Choisir, dénoncent une utilisation abusive de ce principe et une démarche commerciale déloyale. Des mises en demeure ont donc été envoyées à Meta. Toutefois, une première décision de justice en Allemagne a donné raison au groupe, le tribunal de Cologne ayant rejeté un recours d’associations, n’y voyant pas d’infraction.
Les autorités européennes en pleine réflexion
Les autorités européennes, y compris la CNIL en France, se sont également saisies de cette question. Des discussions sont en cours pour déterminer la meilleure façon de réguler cette pratique. Des échanges avec Meta ont déjà permis d’obtenir des engagements concernant la réduction du stockage à long terme des données personnelles par les intelligences artificielles du groupe. Toutefois, le débat reste ouvert sur les limites à imposer à ces pratiques.
Les données personnelles, un trésor précieux pour Meta
Les données personnelles sont au cœur du modèle économique de Meta, avec Facebook figurant parmi les plus voraces en la matière. Le réseau social collecte des informations sur la localisation, le travail, les revenus, les opinions, et bien d’autres éléments personnels. Officiellement, cette collecte sert à améliorer l’expérience utilisateur et à affiner les algorithmes, mais c’est surtout la revente de ces données qui représente un enjeu économique majeur. La publicité ciblée est en effet responsable de 98 % du chiffre d’affaires mondial de Meta. Le groupe met en avant l’efficacité de ses publicités, affirmant que chaque euro investi en publicité génère quatre euros pour les annonceurs dans l’Union européenne.
Les utilisateurs de ces plateformes doivent donc être de plus en plus vigilants quant à la manière dont leurs données sont utilisées, et ce, à des fins bien plus lucratives que l’amélioration de leur expérience en ligne. L’enjeu de la régulation de ces pratiques est désormais plus que jamais d’actualité.


